La maison Dior et ses deux amants

Parlons bien, parlons beau, parlons mode.
D’un côté Raf Simons, responsable des collections de ces dames, et de l’autre Kris Van Assche, directeur artistique pour ces messieurs. Deux grands noms de la mode, straight outta Belgium. Zoom sur les pères du minimalisme Dior-esque une fois!

UPDATE: j’ai fini d’écrire cet article aux alentours du 20 Octobre. (je l’ai écrit pour le journal de mon lycée, et j’ai donc attendu sa parution avant de publier mon bel article ici, je ne voulais pas spoiler mes amis hoho) Or, le 22 Octobre, le monde apprenait – BREAKING NEWS – que Raf Simons avait décidé de quitter son poste de directeur artistique chez Dior… « C’est une décision basée entièrement et très justement sur le désir de me concentrer sur d’autres aspects et d’autres intérêts de ma vie, ma propre marque notamment, et sur les autres passions que j’ai, en dehors du travail » a-t-il annoncé dans un communiqué (qui fait toute une page, c’est d’ailleurs la première fois que quelqu’un écrit un truc aussi long pour son départ).

(cet article est à lire entièrement avec un accent belge) (joke) (lol)

item0renditionslideshowWideVerticalthe-making-of-dior-raf-simons-ss01
crédits photos : Vanity Fair, TTT magazine

Tous deux succèdent à de grosses grosses têtes, ce qui n’est pas une tâche facile. D’abord Kris Van Assche, qui prend les commandes de Dior Hommes en 2007 après le départ de Hedi Slimane, qui a – on peut le dire – inventé LA silhouette de l’homme Dior. Puis, après 15 mois d’intenses recherches d’un nouveau couturier suite à l’évincement de John Galliano en 2011 (souvenez-vous de ses propos antisémites…..), Raf Simons devient « responsable de la haute couture, du prêt-à-porter et des accessoires féminins », et on attend de lui une sorte de retour aux sources du luxe français et classique de Christian Dior, loin de l’excentricité de Galliano, qui avait – on peut le dire aussi – ruiné la haute couture Dior.

Les deux stylistes n’en sont pas à leur premier essai au sein d’une grande maison de couture, Simons a passé sept ans chez Jil Sander et Van Assche, lui, a commencé sa carrière en tant qu’assistant chez Yves Saint Laurent.

Un mot qui décrit bien leur style : minimalisme. Kris Van Assche a pour devise « less is more » et décrit son esthétique au journal Métro en disant « Je ne suis pas vraiment adepte des fioritures; j’aime que la beauté soit assez technique ». Raf dit que le public le voit comme un minimaliste mais que ce n’est pas réellement ce qu’il est, cependant, grâce à son expérience chez Jil Sander, il s’adoucit, et réussit à faire la différence entre Dior et sa marque éponyme, connue pour son style très artistique et intello mais terriblement underground et rebelle à la fois (et parfois un peu bizarre aussi, avec des chaussures de clowns, des chemises sur la tête, des crop tops masculins… à vous de juger)

12143283_10200875919375611_7588435845799640965_n 12108233_10200875920255633_8258281069055261056_n 11149732_10200875921775671_241338265755204436_o 12144933_10200875922535690_1954162886374853889_n
KVA printemps/été 2015 – KVA automne/hiver 2013 – Raf Simons printemps/été 2015 – Raf Simons printemps/été 2016

Raf est le plus connu et notable des deux ; il a fait des études d’architecture, et c’est en assistant à un défilé haute couture de Martin Margiela en 1995 qu’il trouve sa vocation et décide du jour au lendemain de devenir styliste. C’est un artiste à part entière, passionné par ce qu’il fait, mêlant à la mode musique, peinture et art contemporain. Il a une façon de travailler qui lui est bien particulière, il est proche de ses collaborateurs, bien loin de l’image du styliste distant et arrogant. Certains critiques le considèrent même comme un outsider de la mode. Lors de son arrivée dans la maison du 40 avenue Montaigne, Le Nouvel Observateur écrit : « Le minimalisme est un phare pour l’école belge. Dries Van Noten, Ann Demeulemeester en sont des exemples flagrants. Raf Simons, diplômé en design industriel, est sans doute encore plus cérébral que ses congénères. Il va devoir modérer son penchant arty, qui lui a valu une cote très honorable chez les journalistes, s’il veut faire perdurer le succès commercial de Dior. » Il a récemment été nommé aux Globes de Cristal dans la catégorie Meilleur créateur de mode, preuve de son succès.

12038615_10200875914695494_9218830656625170955_o  
Dior automne/hiver 2013 – printemps/été 2013 – printemps/été 2016

Kris a un peu moins d’expérience et de prestige si je puis dire, mais il n’en reste pas moins talentueux que son confrère. Diplômé de l’académie des beaux arts d’Anvers en mode et design, il est donc styliste mais aussi photographe, il a même été invité d’honneur pour de nombreuses expositions, notamment sur le monde du travail, duquel il s’inspire beaucoup, et aussi sur le thème de la poésie, l’élégance et la modernité. Quand dans une interview on lui demande comment il voudrait que l’on se souvienne de son temps chez Dior Hommes, KVA répond : « Je pense que j’aimerais qu’on se souvienne des collections, ou de la marque en tant que telle. Que Dior Hommes devienne un des plus grands, voire le plus grand label de mode masculine, est mon but (…). Si ça pouvait être un peu comme ce que disait Christian Dior lui-même : si ça pouvait aider les hommes à se sentir plus beaux, plus confortables ou plus sûr d’eux, ce serait déjà pas mal. Tout tourne autour du vêtement. Je ne suis pas un artiste de scène, je ne fais pas de performance. J’aime penser que j’ai un point de vue créatif et que j’y mets tout mon coeur. Il y a beaucoup d’histoires à raconter, et ça me rend heureux. Je veux faire du bruit. »

12027566_10200875917735570_1595852470174112475_n 12144917_10200875917175556_8280548825894162724_n 12042934_10200875918335585_8352646548569757681_n
Dior Hommes automne/hiver 2014 – printemps/été 2015 (crédits : kevin tachman) – printemps/été 2016

KVA et RF sont tous les deux jurys du prestigieux festival de mode et de photographie d’Hyères.

Une chose les différencie pas mal : le casting. Le choix des mannequins n’est pas à prendre à la légère quand on veut présenter sa nouvelle collection au monde et qu’on a un message à faire passer. Kris Van Assche est très pointilleux et il choisit lui-même les garçons qui vont porter ses créations. Ces derniers sont tout sauf des portemanteaux. « Je suis un esthète, je crois à la beauté et je crois à l’individu dans la mode. » dit-il au magazine L’Express en 2009, et c’est pour trouver ces mannequins à la beauté et à l’allure particulière qu’il, il fût un temps, se rendait plusieurs fois par an au Brésil et en Argentine, car « ces garçons sont aussi une source d’inspiration pour [sa] création », ils ont quelque chose que les européens n’ont pas toujours. Il ajoute « Je pars du principe qu’un défilé doit faire rêver et je vais donc à la recherche de garçons non pas beaux -rien n’est plus subjectif- mais avec de la sensualité et de l’assurance. Une certaine élégance mal rasée, dirais-je… » (même si, maintenant, les Dior boys sont, en gros, les tops les plus en vogue, de Janis Ancens en passant par Serge Rigvava, qui n’ont rien d’amérindiens, loin de là ha). Raf Simons, lui, était connu à ses débuts pour ses castings sauvages, ces mannequins découvertes dans les rues un peu au hasard, mais avec Dior il fait débat, à cause du gros manque de diversité des filles qui défilent pour lui (blanches, blanches, et plus que blanches). Malheureusement le manque de diversité des défilés est un problème très fréquent, depuis des années, que ce soit chez les hommes ou chez les femmes, d’ailleurs.

liam goslett for details.com backstage dior fw14Dior Hommes automne/hiver 2014 (crédits photo : Liam Golsett pour Details.com)

Autant dire que ces deux hommes sont une très bonne chose pour la maison : ils ont su sublimer Dior, et ils brillent dans leur rôle. On espère qu’ils vont continuer longtemps, parce qu’on aurait peur de ce qui pourrait venir après eux… enfin je veux dire, on en connaît des designers toxiques tels que Alexander Wang chez Balenciaga (bye bye) ou, pire encore, Jeremy Scott pour Moschino…

^^^ lol vous voyez cette conclusion, je l’ai écrite alors que je ne me doutais pas le moindre du monde des évènements qui allaient suivre. Autant dire que la décision de Raf Simons a été un choc pour tout le monde, même si, quand on y pense, il avait déjà mentionné la pression médiatique et le rôle d’internet qui le préoccupaient et lui faisaient se poser des questions. Il a été bénéfique pour Dior, apportant sa vision intellectuelle et artistique de la mode, et on sait que Dior Couture avait augmenté ses revenus de 60% depuis 2011. A l’heure où je vous écris, on a encore aucune idée de qui va succéder à Raf : certains parient sur Nicolas Ghesquière, soupçonné de quitter Louis Vuitton, d’autres parlent de Phoebe Philo, directrice artistique de Céline (ce qui serait pas mal, une femme chez Dior moi je dis yes), ou encore Alber Elbaz, qui vient de quitter Lanvin.

à voir: DIOR ET MOI, sorti en 2013 et réalisé par Frédéric Tcheng, qui suit la réalisation de la toute première collection haute couture de Raf, en 8 semaines seulement. Autant vous dire qu’à la fin j’en étais toute émoustillée, tellement on ressent son stress, ses émotions, et surtout sa fierté à la fin, c’est magiiiiiiique!

6 réflexions sur “La maison Dior et ses deux amants

  1. Le départ de Raf Simons je ne m’y attendais mais vraiment pas du tout j’étais en mode « What the fuck is this? » ……………… Et j’attend que Phoebe Philo rejoigne la maison Dior haha I hope même si j’aime bien Elbaz!

    Aimé par 2 people

any comment??

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s